Home Interviews Leah Dawson, interview par Lee-Ann Curren

Leah Dawson, interview par Lee-Ann Curren

by Claudia Lederer 18 mars 2018

Il s’agit du premier maillon d’une série d’interviews dits « en chaîne ».

Une série d’interviews avec un concept simple: on choisit une surfeuse en lui demandant de choisir une personne qu’elle aimerait interviewer, en restant dans le milieu du surf. La personne qui répondra aux questions devra ensuite, à son tour, choisir une personne à interviewer. Et cetera. Un effect domino sans dominos et sans effet sauf celui de pouvoir découvrir la personne à travers ses réponses mais aussi à travers les questions qu’elle va choisir de poser.

On a demandé à Lee-Ann Curren de commencer cette série. Elle a choisi d’interviewer Leah Dawson, une surfeuse aussi talentueuse qu’inspirante, que ce soit en terme de style, de polyvalence ou d’humanité. 

Leah_Dawson_Bryanna Bradley-3

Leah Dawson by Bryanna Bradley

LEE-ANN: Est-ce que tu peux nous en dire plus sur toi ? Quand et comment t’es-tu mise au surf ?

Je suis réalisatrice, cadreuse, surfeuse professionnelle et j’écris.

Je vis une partie de l’année sur le North Shore à Oahu, et je passe le reste du temps à voyager. J’ai grandi à Orlando en Floride, donc j’étais un peu weekend warrior. Mes parents sont tous les deux des passionnés de l’océan, et je leur serai éternellement reconnaissante de m’avoir mise sur une planche dès l’âge de 3 ans. Je suis restée très proche de l’océan depuis, et c’est un lien qui me nourrit profondément.

L’environnement est un élément qui donne un sens concret à ma vie, notamment à travers le surf mais aussi en tant que cause à défendre. Ce rapport avec notre planète m’apporte un bonheur très pur, et m’anime d’un besoin de le défendre avec ferveur.

As tu un « signature move » ?

Haha, oui, j’en aurai un, je travaille toujours dessus. C’est un bottom turn backwards, ou je décale les pieds pour les mettre en direction du tail de la planche, en tournant les hanches et mes épaules en arrière aussi. Je suis devenue dingue à l’idée d’apprendre à surfer en arrière cette année, principalement car la sensation est si différente, pour moi c’est un challenge aussi bien physique que mental.

Sinon, à part ce bottom, ça serait le bottom turn de 4 secondes. Cela requiert une bonne taille de vague, et de la vitesse, mais j’aime la sensation d’étirer le turn pour qu’il dure le plus longtemps possible, tout en gardant le momentum.

Est-ce que tu peux nous dire comment tu te l’aies approprié et qu’est-ce que qui fait que tu l’aimes tant ?

Ce bottom, backwards m’est venu par l’envie de d’intégrer dans mon surf, de la créativité à travers un travail sur les pieds, également pour ressentir une nouvelle sensation. Faire demi tour en à pleine vitesse est une sensation indéniablement nouvelle, mais aussi complexe. J’ai vraiment senti une progression concrete au cours des 6 derniers mois. Je sais que ce n’est qu’une question de temps et d’implication avant d’atteindre mon objectif d’effectuer un turn comme celui la sur une vague solide, genre à Sunset Beach.

Leah Dawson by Bryanna Bradley

Leah Dawson by Bryanna Bradley

Si tu ne devais avoir plus que 3 planches pour le reste de ta vie, tu choisirais lesquelles ?

A 6’6 singlefin old school gun – Un gun, en single fin, old school, en 6’6
A 9’6 singleton log 
A 5’6 beefy shortboard

L’apprentissage du surf n’est jamais linéaire, tu stagnes pendant un moment et d’un coup quelque chose se débloque et tu progresses d’un coup. Si tu as eu cette expérience, peux-tu te rappeler de 3 moments clés dans ton apprentissage et ce qu’il s’est passé ?

Oui effectivement, la progression en surf se fait souvent par plateaux. Quand je ressens que je suis en train de stagner, c’est souvent signe pour moi qu’il est temps pour un peu de changement en apportant de la créativité à ce que je fais. Cela peut se traduire en variant niveau matériel, car ça va tout de suite demander une approche différente de la vague.

Parfois, ça peut passer par le fait d’analyser d’autres surfeurs, je vais m’arrêter sur des details que je voudrais travailler dans mon propre surf. Je passe souvent des sessions à me focaliser sur un unique élément, que ce soit sur ce que je fais de mes mains, la façon dont j’utilise mes bras pour tourner, ou mes hanches.

La difficulté dans le surf réside dans le fait qu’on ne peut pas vraiment s’entraîner de façon répétitive, il faut plutôt arriver à faire spontanément ce qu’on essaie d’apprendre.

As-tu eu des mentors qui t’ont guidé dans ton surf ?

Oui, et ces mentors ont joué un rôle considérable dans le développement de mon surf. Donald TAKAYAMA fut une de mes premières sources d’inspirations, en terme de surf mais aussi dans la vie en général. Il m’a toujours encouragée à poursuivre à la fois le longboard et le shortboard, et à persévérer à Hawaii. Ça aide vraiment quand les gens croient en toi !

Ensuite, il y a eu Kassia Meador. Elle a été ma meilleure amie et mon mentor depuis 16 ans maintenant… wow, le temps passe vite. C’est elle qui m’a initiée à un surf véritablement féminin. Ça a été un déclencheur qui m’a poussée à chercher un peu dans le passé et analyser les femmes et les hommes qui ont développé le surf depuis son début. Mais, d’entre tous, pour le surf de Kassia est toujours sorti du lot. C’est la première personne dont j’ai pu identifier le style, alors que pourtant,  pendant mes 15 premieres années à surfer, je n’y accordais peu d’attention. Aujourd’hui, l’évolution de mon propre style est une vraie quête.

Leah Dawson and Kassia Meador - Photo: FranMiller

Leah Dawson and Kassia Meador - Photo: FranMiller

Il y a aussi eu Rochelle Ballard qui fut un mentor très important. Elle m’a pris sous son aile quand je me suis installée sur le North Shore. C’est elle qui m’a appris comment surfer Sunset, comment prendre des tubes, cuisiner, faire du yoga. Elle m’a entièrement initiée au single-fin, m’a prêtée des boards et m’a engueulé quand je faisais de la merde. Franchement, j’ai adoré cette période en étant un grom et d’avoir la chance d’apprendre des meilleures. Aujourd’hui, c’est moi qui aie cette responsabilité pour les nouvelles generations !

Tu surfes depuis un moment maintenant. Est-ce que ton attirance pour le surf subit des hauts et des bas ou est-ce que tu ressens la même stimulation à chaque fois que tu vas à  l’eau ?

Non, le surf me stimule toujours autant, surtout depuis que j’ai découvert le single fin et que j’ai arrêté la compétition. Je ressens toujours le besoin de nourrir le lien que j’ai avec l’ocean, et aussi d’élargir la conscience que j’ai de la vague, les différents éléments, le mouvement. Je sens que c’est un apprentissage constant.

Et puis, même dans les petites vagues, les conditions bien moisies, je suis excitée à l’idée d’aller surfer en switch. Ça m’a pris, d’une part parce que mon copain est goofy, donc je risque de surfer davantage de gauches, et j’ai envie de quand même m’amuser. Et puis d’autre part parce que je me suis rendue compte que mon corps était vraiment déséquilibré à force de surfer regular !

Donc, le surf est vraiment toujours une experience nouvelle et différente pour moi, et j’ai encore taaaaant de choses à travailler !

Leah_Dawson_Bryanna Bradley-5

Pour toi, « l’âme sur une planche » est quelque chose d’innée ou quelque chose sur lequel on peut travailler ?

Je pense que c’est indéniablement quelque chose sur lequel tu peux travailler, comme on peut le faire avec sa spiritualité par exemple. Parfois, des livres nous inspirent une nouvelle façon de penser, un film modifie la perception qu’on a de quelque chose.

De la même façon, fusionner son âme, son esprit, dans son surf, provient d’une volonté, un décision. Pour moi, c’est le cas quand tu vois quelqu’un qui met tout son coeur dans son surf. Tu peux ressentir son bonheur, ses sentiments, dans son surf.

On ne peut pas forcer cette fusion non plus, on doit l’inviter, la souhaiter. Je la perçois souvent chez des personnes qui ont l’air de ralentir le temps, comme s’ils entraient dans un certain espace-temps, une matrice, tu sens qu’ils sont transportés par ce qu’ils font.

Leah Dawson by Fran Miller

Leah Dawson by Fran Miller

Tu t’impliques beaucoup pour l’environnement. Selon toi, quelles sont les choses que chacun de nous pourrait faire pour participer à faire un monde plus propre ?

Déjà, tous les plastiques non réutilisables doivent appartenir au passé. S’ils ne peuvent être re-utilisés, ils n’ont aucune place dans notre futur, ils ne peuvent que nous compromettre. Il faut continuer à faire prendre conscience aux gens que le fait de jeter à la poubelle le gobelet, la fourchette en plastique qu’ils ont utilisé 30 secondes est un acte que nous allons payer cher à long terme. Et cela demande une sensibilisation de chacun, en nombre.

Le sujet de la nourriture, des vrais aliments, est aussi quelque chose dont que je me sens responsable de défendre. L’industrie alimentaire, du moins aux Etats-Unis, n’est pas pensée pour nous nourrir correctement, elle est simplement pensée (et bien) pour enrichir des hommes d’affaires. Le terme « sale » riche leur convient bien.

Il est vraiment temps de soutenir les producteurs locaux, pour leur donner plus de pouvoir, mais aussi de composter nos ordures, opter si possible pour des produits bio (même si la plupart des labels sont à discuter). De la même façon, faire la démarche de connecter avec la communauté pour échanger ou vendre les choses dont nous n’avons plus l’usage pour que cela serve à un autre, pour être plus indépendants et éviter d’alimenter l’industrie en achetant leur fausse nourriture et leurs faux produits.

Maintenant que nous sommes en 2018, je vais voter pour la première fois de ma vie lors des élections de mi mandat. Je pense que nos plus jeunes générations sont conscientes du fait que notre gouvernement est constitué essentiellement d’égos sur dimensionnés, qui privilégient leur petite personne plutôt que la santé de notre planète. On a tous notre mot à dire, et il est temps d’amener au pouvoir les gens qui se préoccupent véritablement de notre avenir, et capables de nous remettre sur les rails d’une politique environnementale se souciant des générations futures.
On doit s’engager à tous les niveaux, s’inspirer, parler, exiger un nouveau mode de vie de façon à ce que nos futurs petits enfants aient la chance de connaître une eau propre. La quantité de pollution sur notre planète est alarmante. On ne peut pas continuer comme ça, donc nous seront tous acteur du changement, nous n’avons pas le choix. 

Le monde change vite. Depuis que tu as commencé à surfer, les surfeurs (et les gens en général) ont de plus en plus de contrôle et la responsabilité de construire leur image et carrière par leurs réseaux sociaux. Est ce que tu vois les réseaux sociaux comme une libération ou … pourquoi ?

Les réseaux sociaux ont eu un impact sur toutes les entreprises, en particulier niveau marketing et communication. A mon niveau, cela m’a créé un canal pour communiquer, à travers une plateforme qui me permette de parler à la communauté du surf, ce que je ne pouvais pas faire auparavant ! Ma carrière s’est construite à travers les réseaux sociaux, car j’ai pu diffuser et travailler mon image de manière authentique, plutôt que par l’intermédiaire d’un type à la tête du marketing d’une marque de surf.

Après, il faut utiliser les réseaux sociaux d’une bonne manière, sinon on peut vite rentrer dans une FOMO (Fear Of Missing Out). Donc je fais de mon mieux pour aborder de que je partage d’une manière globale.  Il est important de définir la limite de ce qui appartient à sa vie privée, et aussi savoir garder un coté authentique, de communiquer la vérité. Même si cela peut être délicat car il est nécessaire de faire son auto-promotion dans l’intérêt des marques avec qui on collabore. Dans l’otique de trouver un équilibre, j’essaie de laisser place à mon expression personnelle, et si cela peut permettre de faire les deux en même temps, tant mieux ! Je pense que les gens apprécient vraiment quand on exprime de vrais ressentis, émotions ou idées.

Leah Dawson by Bryanna Bradley

Ferme tes yeux et essaie d’imaginer le monde en 2081. Qu’est-ce que tu vois ?

2081!

Je serai vieille et toujours en train de surfer. Il y aura peut-être un bouton propulseur sur ma planche pour avoir la vague automatiquement, mais je pourrai toujours me lever toute seule grâce à des années de pratique du yoga. 😉
J’aurai une maison dans les arbres, un gros arbre, elle sera autonome en produisant sa propre énergie. On pourra voyager dans nos propres …… , une rêve devenu réalité.

On sera en mesure de voyager dans notre propre espace, mon rêve de voler deviendra alors réalité

Le plastique se trouvera uniquement dans les musées, comme témoin du passé. L’océan sera régénéré et le corail se développera à nouveau, après son déclin massif dans les années 20. Le monde se réveillera alors et commencera un nettoyage massif et un projet de restauration de l’environnement.

Nos gouvernements travailleront conjointement et les gens seront véritablement et sincèrement représentés par leurs dirigeants.

Il y aura des citées englouties, et des vagues disparues, mais de nouvelles vagues seront apparues. Le système d’échange sera rétabli et les communautés et les villages travailleront ensemble, conjointement.

Et puis, qui sait, il pourrait y avoir des vagues parfaites sur X planète la semaine prochaine, combien de boards je prends ??

Et dernière question : quels sont des futurs projets ?

Des films !! Ma vocation est de raconter des histoires, d’inspirer et engager les gens à travers ce moyen. J’ai toujours pensé que les medias sont un vecteur d’éducation. Donc mon objectif est d’utiliser ma « voix » en tant que surfeuse et environnementaliste afin de transmettre du contenu inspirant et pédagogique pour les gens.

Leah Dawson dans LUNAR, une vidéo à Fuerteventura.

 

J’ai aussi en tête de faire un beau film de surf sur les femmes de ce milieu, d’ailleurs ça veut dire que je viendrai passer du temps avec toi car ton surf a quelque chose de très inspirant Lee-Ann !

 

Quelle est la surfeuse que tu as choisi d'interviewer ensuite ?

Il s'agit d'Erin Ashley, @wormtown

🙂 

Leah Dawson by Fran Miller

Leah Dawson by Fran Miller

Leah Dawson by Fran Miller

Leah Dawson by Fran Miller

Leah Dawson by Bryanna Bradley

Leah Dawson by Bryanna Bradley

Merci à Lee-Ann et Leah d'avoir joué le jeu

https://www.instagram.com/leahloves

https://www.instagram.com/lacurren

-- 

Images: Fran Miller et Bryanna Bradley 

You may also like

Leave a Comment